NEUILLY-SUR-SEINE, PAYS DE COCAGNE
Dans la ville dont il a été maire pendant dix- neuf ans, Sarkozy a bâti un paradis pour ses élécteurs.
À Neuilly- sur-seine, dimanche, il s'est sans doute trouvé des gens pour voter contre Nicolas Sarkozy. Mais, en trois heures passées au bureau de vote de l' île de la Jatte,je n' en n' ai pas croisé un seul. À Sarkoland, on n' incendie pas les voitures la nuit. Le seuls Noirs et Arabes que l' on recontre sont des diplomates ou des héritiers du pétrole. Les troittoirs bordés d' arbres retentissent du pépietement des oiseaux et sont hantés par des joggeurs, pas des cogneurs.
Sarkozy aimerait bien que la France entière ressemble à son fief. Il en a été maire pendand dix- neuf ans, puis il a présidé le conseil départemental des Hauts-de-Seine. À ce titre, il s'est assuré la loyauté de ses sujets. Lors des dernières municipales, en 2001, il l' a emporté au premier tour avec 76,88% des voix. Quelqu' un à Neuilly n' a-t- il pas voté pour Sarkozy ? Je pose la question à François de la Brosse, le communicant fondateur de NSTV, une télévision sur Internet qui rendrait vert de jalousie n' importe quel dictateur. " Je ne sais pasrépond-il. J' ai vu passer quelques chiens". Les petits caniches blancs, les terriers nains étaient de rigueur au bureau de vote, tout comme les jeans de marque, les sacs à mains Louis Vuitton, les cheveux blonds peroxydés et le bronzage.
Nicolas a pour habitude d' épargner à Neuilly tout désagrément. Par exemple, il a fait construire un tunnel routier sous l' appartement de sa mère, avenue Charles de Gaulle, pour éliminer les nuisances sonores et les gazs d' échappement. Et, bien qu' une loi française exige de toutes les villes qu' elle réservent 20% de leurs logements aux défavorisés, ce taux est à 2% à Neuilly. "Il a veillé à ce que Neuilly garde sa personnalité", déclare un habitant qui déambule le long du quai où Seurat a peint ses chefs-d' oeuvres pointillistes.
À Sarkoland, on n' apprécie pas totalement la façon qu' a eue le candidat de droite de faire la cour aux élécteurs de Le Pen. Les habitants du paisible Neuilly ne veulent pas être pris pour des extrêmistes. Mais il est difficile de résister aux promesses d' allégement d' impôts et de supression des droits de succession et de la semaine de 35 heures. Eh oui, beaucoup éspèrent que Sarkozy accomplira enfin ce que promet Le Pen depuis trente ans, et qu' avec lui les immigrés ne vivront plis, comme ils le disent, "aux frais de la princesse". Ces immigrés qui, eux, résident dans la vraie banlieue.
Lara Marlowe, The Irish Times (extraits), Dublin